• Faire ses valises

    Voilà donc, la fondation Pineau, ce magnifique et très ambitieux musée d'art comtemporain prévu sur l'ile Seguin ne se fera pas (je trouvais aussi que ça devenait long...). Ce Guggenheim ou MOMA français aurait rayonné sur le monde entier. La superbe architecture de Tadao Ando ne verra donc jamais le jour. François Pineault, son mecène lassé de se battre contre l'indécision, la bêtise des hommes politiques et de l'administration déclare forfait. Il va faire émigrer à l'étranger sa fantastique collection d'art comtemporain... Adieu les 2000 oeuvres couvrant toutes les pallettes de l'art d'aujourd'hui et des cinquante dernières années. Adieu Mondrian, Warhol, Rauschenberg, Rebeyrolle...

    François Pineault ne demandait rien, juste la possibilité de pouvoir investir 150 millions d'Euros, de faire de Boulogne un phare artistique mondiale et d'offrir sa passion au plus grand nombre.

    Chaque mois, dans l'indifférence général, ce pays touche un peu plus le fond. Les départs sont massif : exode d'entreprises, de fortunes, de hautes compétences, de scientifiques de haut niveau, et... d'oeuvres d'arts.

    Cet endroit est devenue un cauchemar pour tout ceux qui ont un projet et qui veulent entreprendre ou construire quelque chose.

    Il n'y a plus rien à en dire et plus qu'une chose à faire : ses valises.

    On va bientôt bien rigoler. Tout ce paye, ce n'est qu'une question de temps !

     

    Pour ceux qui ne sont pas convaincu, je conseille la lecture de cette tribune écrite Par Henri de Bodinat et publié il y a un an dans les echos sous le titre "Création d'entreprise : ça ne marche pas". J'adhère totalement à ce texte, c'est également ce que j'ai vécu. En d'autres temps, j'ai eu plusieurs salariés. J'ai tellement été emmerdé par la paperasse, les lois et reglements à la con pondu par des crétins tombé de la lune que j'ai préféré renoncer à des budgets et me séparer de mes salariés. C'était la condition indispensable pour ne pas sombrer.

    La poussée des créations est essentiellement liée au chômage de cadres moyens ou supérieurs et le chiffre avancé par les deux ministres (« Les Echos » du 13 février 2004) d'une création sur quinze seulement due au chômage est un chiffre faux. Si une banque, un investisseur ou un organisme public vous demande pourquoi vous créez une entreprise, il faudrait être fou pour dire : « Parce que je suis chômeur et désespéré. » La France a un taux de chômage de près de 10 %, le double de l'Angleterre ou de la Hollande, un nombre très important de cadres sont sans emploi, la croissance est faible et non créatrice d'emplois, les entreprises hésitent à embaucher et privilégient l'interne en cas de nouveau besoin : le nombre de professionnels compétents durablement sur le carreau n'a probablement jamais été aussi élevé.
    Quand vous êtes cadre supérieur et que vous arrivez en fin de droits, d'autant plus rapidement que le gouvernement et les partenaires sociaux ont cyniquement, brutalement, rétroactivement et sans préavis, amputé de six mois les indemnités de chômage, la seule lueur d'espoir pour éviter la paupérisation est la création d'entreprise. Pour certains, c'est la création d'entreprise ou le suicide. Pour augmenter les créations d'entreprise et se gargariser de statistiques favorables, il suffirait d'ailleurs que le gouvernement et les partenaires sociaux durcissent leur attitude face aux chômeurs...
    Le nombre d'entreprises créées, dont les pouvoirs publics se félicitent, ne compte pas. Seuls comptent la pérennité et le développement des entreprises nouvelles. Ayant créé ou contribué à créer trois entreprises dans les deux dernières années, sur des projets précis et innovants, et ayant vécu les obstacles que le système français met, malgré les réformes Dutreil, dans les pattes des créateurs, je suis en mesure de prédire que le taux de décès gonflera aussi vite que le taux de naissance.
    Quelques exemples vécus : j'ai créé une SARL d'éditions musicales aujourd'hui très rentable. Mais j'ai fait l'erreur de créer une SARL dont je suis gérant majoritaire. Bien que n'ayant la première année aucune recette et n'ayant versé aucun salaire, j'ai été taxé d'office et forfaitairement par l'Organic (retraites) et le RAM (assurance-maladie) de plusieurs milliers d'euros de charges sociales. Décidé à me défendre, j'ai été poursuivi par les lettres recommandées, les huissiers, les jugements, et il m'a fallu deux ans et plusieurs dizaines de courriers pour faire admettre à l'assurance-maladie qu'étant salarié par ailleurs je ne lui devais rien. Je n'ai pu en revanche échapper à l'Organic, et je verse donc 2.000 euros de cotisation retraite, dont je ne verrai bien sûr pas la couleur quand je serai à la retraite, au titre d'une nouvelle entreprise sans recette et sans salaire versé pendant la période concernée ! Ma société étant aujourd'hui prospère, je peux assumer cette somme mais je peux imaginer ce que ces coups de boutoir de la Sécurité sociale, dont la brutalité est à l'aune de l'inefficacité, auraient pu faire à un entrepreneur sans ressources, sans compter le temps perdu à répondre, téléphoner, écrire, temps perdu dramatique pour un entrepreneur en démarrage et par définition seul.
    Autre exemple : j'ai créé une SAS dans le secteur de la mode, voulant éviter cet épisode malencontreux de la SARL. Mais une SAS doit avoir un commissaire aux comptes, et ses honoraires, plus les frais de constitution, coûtent au bas mot 2.000 euros la première année, recettes ou pas recettes. Ayant embauché et ayant donc des salaires à payer, les charges sociales ne me sont parvenues qu'avec retard à la suite d'une erreur d'adresse de la Sécurité sociale. J'ai payé ces charges, mais la pénalité qui m'a été appliquée est de 10 % pour trois mois de retard non de mon fait, soit l'équivalent d'un taux d'intérêt de 40 % par an !
    Les coûts fixes sont l'ennemi de l'entrepreneur qui démarre. En cas d'embauche d'un salarié, les charges sociales sont écrasantes. Un salarié recevant 1.500 euros net par mois coûte environ 2.900 euros à l'entreprise. En France, l'entrepreneur a donc le choix entre ne pas recruter et compromettre son développement et recruter et compromettre sa situation financière... Il y a bien des mesures d'allègement pour embauche de chômeurs ou autres, mais ce que des ministres ne peuvent comprendre, c'est qu'un entrepreneur a autre chose à faire que d'étudier des décrets et de préparer des dossiers administratifs. Un entrepreneur doit consacrer son temps et son énergie à faire vivre son projet, pas à aller aux différents guichets.
    Par ailleurs, tout le contexte financier français est défavorable aux entrepreneurs. Il est quasi impossible de trouver des financements en « seed money » aujourd'hui. Tous les capitaux investisseurs refusent de financer des projets. Les banques, quant à elles, ne prêtent que si l'entrepreneur donne des garanties personnelles, effaçant par là même l'intérêt de la personne morale, reportant tout le risque sur la personne physique. En cas d'échec, l'entrepreneur est ruiné. Et si l'entrepreneur n'a pas le patrimoine suffisant pour garantir ces prêts, ceux-ci sont refusés.
    Curieusement, le seul bon point que l'on peut décerner en France irait au fisc. Dans mon expérience personnelle, j'ai trouvé le dispositif fiscal (impôt faible sur les premiers profits des nouvelles sociétés) et son application simple et souple par l'administration fiscale plutôt encourageants pour les entrepreneurs. Le fisc n'est un obstacle ni dans ses prélèvements ni dans son attitude à la création d'entreprises.
    Obstacles de nature administrative (spécialement la Sécurité sociale) coûteux et surtout dévoreurs du temps de l'entrepreneur, charges très élevées et mesures d'incitations réservées aux grandes entreprises ou aux chasseurs de primes, contexte financier très défavorable à la prise de risque et au financement des projets : la création d'entreprise en France se fait dans un contexte malsain. Seule la pression terrifiante du chômage de longue durée lui donne de la vigueur.
    En Angleterre, une entreprise se crée en quelques jours pour quelques centaines d'euros, le contexte administratif « light » facilite la vie de l'entrepreneur, la souplesse d'embauche et le faible niveau de charges encouragent à recruter, les prêts bancaires peuvent être obtenus sans l'arsenal de garanties personnelles propre à la France. Je ne peux que constater que nous en sommes encore très loin, malgré l'autosatisfaction des pouvoirs publics. Les politiques voient la situation de façon statistique et technocratique, mais ne sont pas entrés dans la vie quotidienne des petits entrepreneurs, plus proche du cauchemar que du rêve en France. La création d'entreprise n'est pas un succès du gouvernement Raffarin. C'est le reflet de son échec sur le front du chômage.

    HENRI DE BODINAT a créé ou contribué à créer Frochot Music (éditions musicales), DVD Kiosque (hi-tech) en 2002, et Pure Concepts (mode) en 2003.


  • Commentaires

    1
    Vendredi 20 Mai 2005 à 04:17
    curieux...
    Normalement quand on demande la reevalution des taxes et charges pour les entreprises on se fait traiter de "sale capitaliste, etc", mais je ne vois aucun commentaire ici... Ils doivent etre en vacances, RTT, jours ferie,... Curieux quand meme...
    2
    Map
    Samedi 21 Mai 2005 à 03:56
    Bonsoir Vous
    Je ne fais que dire bonsoir..DÉsolée de le faire sur un de tes post..Tsss Allez, je t'embrasse fort! Bonne Fin de semaine en tout cas!
    3
    NaB
    Samedi 21 Mai 2005 à 04:04
    Hello Map
    Je t'embrasse fort également :)
    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :